| A propos du « changement des mentalités» |
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| Écrit par Talassa |
| Dimanche, 11 Octobre 2009 06:11 |
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Sassou, attendu au pied du mur par le Coserco Le Conseil supérieur des églises de réveil au Congo (Coserco) n’entend pas accompagner vainement le Président Sassou dans le processus de lutte contre les antivaleurs. Il faut des actes concrets. Le secrétaire général du Coserco, le Pasteur Morlendé Kani est très clair et précis. Entretien.  Talassa : Le 12 septembre dernier, le Coserco a pris l’engagement d’accompagner le chef de l’Etat dans l’entreprise de changement des mentalités au Congo. Quel est votre regard sur la société congolaise actuelle ? Pasteur Morlendé Kani : C’est difficile de résumer le regard que nous l’Eglise, portons sur les mœurs congolaises d’aujourd’hui. Il y a vraiment beaucoup à dire. Mais je dois être honnête en tant que pasteur. Le Congo est à l’heure du déclin de la morale du civisme. A observer les Congolais (aussi bien au sommet qu’à la base), le vice est en train d’être sublimé en lieu et place de la vertu. T : Quelques exemples pour être clair et précis PMK : La prostitution a pris des proportions inquiétantes. Pire, aujourd’hui elle est pratiquée beaucoup plus par les jeunes de 15 à 20 ans, donc ceux-là à qui revient la mission de construire le Congo de demain. L’homosexualité que nous ne voyions qu’à la télévision est en train de s’enraciner dans notre société. Ça, c’est que nous voyons actuellement, puisque nous sommes quotidiennement en contact avec les populations. Au plus haut sommet, la fraude, la corruption, la concussion, l’impunité, etc. sont devenues les véritables gangrènes de notre élite. Le premier citoyen congolais a épinglé tous ces maux lors de son investiture le 14 août à Brazzaville. Et dans un tel contexte, si on ne fait pas attention, nous risquons de nous plonger dans la même situation que d’autres pays où règnent les phénomènes comme le banditisme, les braquages. Et ça pourrait être préjudiciable pour notre avenir et celui de nos enfants. T : L’Eglise a aussi sa part dans cette déchéance des valeurs PMK : Détrompez-vous. Nous ne nous passons pas pour des saints. Il y a constamment des cas de détournement de fonds, des luttes pour le leadership entre responsables des églises, des histoires de concupiscence, de viols… C’est nous tous qui devrions changer les mentalités. Pas seulement le peuple ou les dirigeants. C’est pourquoi les activités que nous sommes en train de mener dans le cadre de la lutte contre les antivaleurs sont axées sur un thème tiré de Luc 13 :3. Il y est écrit : « Non, je vous le dis. Mais si vous ne vous repentez pas, vous périrez tous également ». C’est Jésus qui parlait à l’assemblée. Il demandait aux membres de l’Eglise de se repentir. Mais aujourd’hui, nous disons (puisque c’est nous tous qui sommes ‘‘coupables’’) : « si nous ne changeons pas, nous périrons ». Nous, hommes de Dieu, avons aussi notre part. Mais celle de l’Etat, paraît la plus importante. De même celle des leaders des églises. T : Ce sont les mêmes vertus que vous prêchez chaque dimanche. Mais toujours sans effet. Bien au contraire les Congolais deviennent au jour le jour immoraux au fil des secondes qui passent. PMK : Disons-le clairement. Dans cette déchéance des valeurs, le peuple est aussi responsable. Mais dans la plupart des cas, le peuple est victime, parce qu’il subit une gouvernance ou une direction. A l’Eglise aussi, me direz-vous, il subit la gouvernance du pasteur. Si l’Etat décide d’arrêter ces phénomènes, il les arrêtera. Il lui faut à cet effet, attaquer le mal par la racine, c’est-à -dire s’attaquer aux facteurs de la montée des antivaleurs. Parmi ces facteurs, il y a en bonne place, le social. Je ne sais pas si un homme qui n’a rien dans le ventre peut raisonner, distinguer le bien du mal ou le vrai du faux. La violence, le banditisme, la prostitution, la fraude, le vol… tous ces fléaux résultent de la pauvreté.                           Laquelle est souvent due à une mauvaise redistribution des revenus nationaux. D’ailleurs, je ne voudrais pas aller loin. Qu’on se souvienne de Jean Jacques Rousseau qui avait démontré que les inégalités parmi les hommes sont nées de la notion de la propriété. Il y a une remarque très importante faite par un pasteur camerounais. En Afrique centrale, dit-il, nous dormons sur les richesses naturelles, mais nous sommes pauvres. T : Cela ressemble à un réquisitoire, mais un réquisitoire « pacifique ou calme » PMK : Tout à fait. Réquisitoire pacifique et calme, parce qu’on ne change pas dans la brutalité. C’est, vous avez compris, pour cette raison que nous sommes allés voir le président de la République. En dénonçant les antivaleurs, il est entré de plain-pied dans notre champ de prédilection. Et pourquoi ne pas l’accompagner ? On se dit que le Chef a également compris la nécessité de faire bouger les mentalités. Ce que nous vivons actuellement est la responsabilité de toute élite. C’est pourquoi nous avons mené une série d’activités le 12 septembre dernier à Brazzaville. A ces activités ont pris part.de nombreux cadres. T : Mais certains observateurs, ont le sentiment que vous allez jouer le rôle que les missionnaires catholiques et protestants, ont joué à faire pénétrer la colonisation. PMK : Que voulez-vous dire exactement ? T : Conditionner les Congolais pour qu’ils cautionnent le monopartisme de fait dans lequel nous vivons actuellement. PMK : (rires) Vous savez, tous les mouvements ou les dynamismes quelles que soient leurs formes, ont toujours été jugés sur la durée. Nous ne sortons pas de l’Eglise. Nous sommes dans notre credo naturel : les valeurs morales. Qu’un chef d’Etat pense enfin à les promouvoir ou à les restaurer, ne peut être qu’un motif de satisfaction pour nous autres qui servons le Seigneur. Nous ne faisons pas autre chose que ce que Jésus nous a dit de faire. Nous ne forçons pas les dirigeants ni le peuple à changer coûte que coûte les mentalités. Mais, je le répète, ce qui est très important, c’est de constater qu’un chef expose ses collaborateurs et les invite à changer positivement.  T : Quelques lignes de votre plan d’action s’agissant de la lutte contre les antivaleurs PMK : Le changement des mentalités est un long processus. Pour l’instant, nous sommes en train de mettre en œuvre un processus qui repose sur deux aspects : la formation et l’éducation. S’agissant de l’éducation, nous pourrons par exemple, œuvrer à la restauration des aumôneries dans des différentes structures, surtout les entités de la Force publique. Quant à la formation, nous allons mobiliser l’élite chrétienne congolaise à la réflexion sur l’état de la Nation.  T : Lors de vos activités, il n’y avait pas les membres de l’opposition, seulement ceux de la majorité. Est-ce à dire qu’ils ne font pas partie de l’élite du pays à votre entendement ? PMK : Ecoutez, nous tendons la main à tout le monde. Avant l’élection présidentielle, certains membres de l’opposition, avaient bénéficié d’un encadrement spirituel. En tant qu’Eglise, nous sommes près du peuple. Nous ne sommes ni à l’opposition ni avec le pouvoir. Nous n’avons pas la prétention de régir la vie politique dans ce pays, moins encore celle de nous immiscer dans leurs débats. Plutôt, il s’agit d’apporter un appui à la défense des valeurs. Nos convictions sont religieuses.                      Monseigneur Portella a dénoncé récemment un certain nombre de choses. Avez-vous entendu un mot particulier pour l’opposition ? Il a généralisé et globalisé. C’est ce qui nous anime également au Coserco. La ligne de l’Eglise a toujours été le bien-être de la population. Nous voulons, juste inviter les compatriotes à tuer nos passions égoïstes pour qu’à l’avenir, nous puissions bien redistribuer le revenu national.         Maintenant si un opposant pense que la ligne de l’Eglise rejoint la sienne en tant que citoyen congolais, il peut nous rejoindre comme les autres l’ont fait le 12 septembre dernier au stade « Saint Denis ».  T : Le 12 septembre, vous avez fait une déclaration où vous n’avez fait la part belle au Président de la République. Ce que vous reprochent les observateurs, puisqu’il n’est pas le seul cadre PMK : Il est le premier citoyen. Et il a eu ce courage de dénoncer les antivaleurs sachant que ses collaborateurs sont de près ou de loin impliqués. Notre but n’est pas de nous impliquer dans l’appareil de l’Etat, mais l’Etat doit s’impliquer dans ce que nous faisons en nous faisant par exemple des subventions comme c’est le cas pour les partis politiques (lesquels pourtant ont un rôle important dans ce qui se passe aujourd’hui).  T : Si Sassou Nguesso s’égarait à mi-chemin de son « Chemin d’Avenir » (nous ne le souhaitons pas). Vous égarerez-vous avec lui ? Ou bien prendrez-vous une autre direction pour arriver à la Terre promise des vertus théologales? PMK : Soyons honnêtes et francs. Personne ne nous a imposé d’entreprendre cette démarche. Le chef de l’Etat n’a rien à voir avec notre initiative. Ce qui nous a emmenés vers lui, c’est sa déclaration qui a touché notre domaine. C’est pourquoi nous avons résolu de l’accompagner dans la lutte contre les antivaleurs. Nous avons des propositions à faire. Notre vœu le plus ardent est que le Président fasse feu de tout bois pour matérialiser sa philosophie. Comme ça ensemble avec lui nous pourrons faire le bilan du « processus de changement des mentalités ». Et en ce jour-là , je répondrai facilement à Talassa en disant : nous avons bien accompagné le président. Nous sommes arrivés à bon port. Que la postérité relaye l’initiative.         Mais si pour des raisons politiques ou occultes les maux qu’il a décriés demeurent…. Si jusqu’à un moment donné, rien de concret n’est fait pour lutter contre la fraude, la corruption…Si après un procès mené dans les conditions d’équité indubitable, quelqu’un a été reconnu coupable d’un délit et qu’il n’est pas jeté en prison…Bref si le chef de l’Etat n’est pas conséquent, le choix sera très facile à faire. L’Eglise se retirera.  T : Ce sera aussi le retrait de Dieu. PMK : Tout à fait. Quand l’Eglise approuve ce que vous faites, c’est Dieu qui a approuvé. Quand l’Eglise se retire, c’est aussi Dieu qui se retire. C’est clair comme l’eau de roche !  Propos recueillis par John Ndinga-Ngoma |
| Mise à jour le Dimanche, 11 Octobre 2009 06:19 |


