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Le DG Jean Alfred Onanga parle à bâtons rompus des scandales minant les douanes congolaises PDF Imprimer Envoyer
Écrit par Talassa   
Lundi, 16 Novembre 2009 11:22
Suite à la récidive du mafieux Cheifk Keïta dans la fraude lors des opérations de dédouanement, et l’annonce du vol de coffre à la Direction générale des douanes et des droits indirects (DGDDI), la rédaction de «Talassa», toujours à la recherche de l’information fiable, s’est rapprochée, pour la premiere fois du DG des douanes, M. Jean  Alfred Onanga, pour en savoir plus et élucider ces points d’ombre au cours de l’interview que voici :

  1- Pourriez-vous vous présenter à nos lecteurs ?

 Merci de m’en donner l’opportunité, je suis jean Alfred Onanga, Directeur général des douanes et droits indirects ;

 2- On parle de recrutement au sein des Douanes congolaises, mais il y a des gens qui y travaillent en tant que prestataires. Pouvez-vous donner plus de détails à ces faits ?

         Je voudrais tout d’abord rassurer  l’opinion publique que notre administration ne recrute pas. Ensuite, il sied de signaler que le recrutement des agents de la Fonction Publique est de la compétence du Ministère de la Fonction publique et de la réforme de l’Etat. Pour comprendre le mécanisme de recrutement à la Fonction publique, je vous renvoie à l’institution habilitée.

         En revanche, notre administration a fait appel, à une certaine période de son histoire, et ce dans des localités enclavées, aux bons offices de certains autochtones, pour y renforcer les effectifs de la douane. C’est cette catégorie de personnel qui est désigné sous le vocable d’«auxiliaires ». Ce sont donc des agents que nous utilisions en complément d’effectif.

         Mais depuis que j’ai reçu mission de diriger cette administration, je me suis battu pour que ces agents soient recrutés de façon régulière à la Fonction publique. C’est ce qui fut fait avec la publication par le Secrétariat général du gouvernement des arrêtés et décrets qui régularisent la situation administrative de ce personnel. C’est l’occasion ici de rendre hommage à son Excellence le Président de la République et à son gouvernement pour cette diligence.

 3- Des scandales et des fraudes sont de plus en plus décriés à Pointe-Noire et à Brazzaville. Comment expliquez-vous ces agissements ?

            Vous savez,  la douane est une administration très complexe et beaucoup sollicitée par divers usagers. Elle travaille avec des partenaires qui sont entre autres les transporteurs, les importateurs,  les déclarants en douane agréés, les transitaires…Dans l’exercice de leurs activités, certains de nos partenaires peuvent commettre volontairement des actes, pour en tirer le maximum de profit, au détriment bien sûr du Trésor public. Ces actes constituent des infractions prévues et réprimées par le Code des douanes CEMAC, ainsi que par la réglementation douanière.

         Autrement, nous avons des services habilités en matière de contrôle : il y a le contrôle immédiat qui examine les éléments de la déclaration (les valeurs, les espèces, les quantités…). Les services des enquêtes douanières procèdent au contrôle des déclarations, même à posteriori, c’est-à-dire après dédouanement des marchandises. Il y a des mécanismes qui sont prévus pour rattraper ce qui a échappé au service lors du dédouanement. Bref, au-delà de l’illusion du verbe, la question est aussi complexe que vous ne l’imaginez.

         Les questions de fraude sont universelles et l’Organisation mondiale des douanes en fait son cheval de bataille. Mais notre pays, à travers les réformes  que le gouvernement a engagées, avec l’aide du FMI et l’appui de l’Organisation mondiale des douanes, ne ménage aucun effort pour traquer les fraudeurs, en appliquant au mieux les textes contre les contrevenants aux lois et règlements en vigueur.

 4- Plusieurs vols et cambriolages sont perpétrés dans vos bureaux, alors qu’il y a des agents de gardiennage. Les agents de la maison ne sont-ils pas impliqués dans ces actes, alors que la douane est un corps paramilitaire ?

         Ce sont des actes pitoyables que je déplore et condamne fermement. Evitons des conclusions trop hâtives sur ce dossier, de manière à ne pas évincer les enquêteurs commis à cet effet. La police est à pied d’œuvre et je pense que les résultats de l’enquête seront connus.

         Oui, la douane est un corps paramilitaire, mais cela n’est pas un argument suffisant pour dissuader les inciviques de tout bord.

 5- Tous les douaniers sont de nos jours, déclarants en douane au mépris de la loi et de surcroît, ils sont plus commerçants qu’agents en service dans cette structure, n’est-ce pas une forme de magouille bien montée ?

         Les commissionnaires en douane agréés, sont des personnes reconnues, donc détenteurs d’un agrément pour effectuer, pour le compte d’autrui, les opérations de dédouanement. Il n’y a pas d’amalgame à ce sujet. En tout cas, je ne connais aucun douanier déclarant en douane. C’est formellement interdit par les textes. C’est dire que tout douanier, complice d’un crime, d’un délit ou d’une tentative punissable encourt les peines prévues par la loi.

 6- Le transitaire Cheik est aujourd’hui assigné à résidence surveillée, alors qu’il serait interpellé, jugé et mis en prison. Quelles explications donnez-vous à cela ?

         Je ne suis pas au courant de ces faits qui sont pour moi une révélation. Tcheik  était un déclarant en douane qui bénéficiait d’un agrément provisoire. Comme je l’ai dit plus haut, en répondant à l’une de vos questions, tout déclarant en douane qui ne se conforme pas aux lois et règlement en vigueur dans notre pays subit les effets de ces textes.

         Comme pour tous les autres cas de fraude, les enquêtes sur le dossier Tcheik sont en cours et une transaction sera opposée au contrevenant. Des sanctions lui seront infligées en fonction de la gravité des infractions dont il serait auteur.

         Ces situations ne sont pas nouvelles. Notre administration constitue « un filet » qui recueille chaque fois que cela est possible tout contrevenant. Donc, rien ne sert d’en faire un sujet à la une.                        L’administration des douanes, tout comme d’autres services tels la police, la gendarmerie, a besoin de mener des investigations sans tambour. La publication des affaires faisant l’objet des enquêtes empiètent sérieusement sur leur déroulement et ne rend service à personne.

         Par ailleurs, vous avez évoqué l’interpellation, le jugement et l’emprisonnement. Toutes ces situations dépendent des autorités compétentes. Elles ne peuvent pas être traitées dans la rue. Laissons chacun jouer son rôle et le moment venu, les résultats seront connus. Voilà !

7- Les scandales et les fraudes qui s’opèrent à découvert ne se font-ils pas parce que de plus en plus vous laissez faire, ce qui est une forme d’encouragement ?

            La douane est un service public. Croyez-moi, elle a des missions qui requierent de la cohésion dans nos rangs. La sérénité observée aujourd’hui au plan social est un facteur important pour la corporation. Pour y arriver, il faut tant soit peu, savoir manager les ressources humaines ; ce qui implique une attitude d’écoute et d’échange avec le personnel et tous les partenaires économiques, en se montrant réaliste et courageux.                    Toujours est-il que quand un acte répréhensible est commis, telle la fraude, nos services habilités s’en chargent dans la règle de l’art. La fraude n’est pas l’apanage des douanes congolaises. Toutes les administrations douanières sont confrontées à ce fléau, même celles des pays nantis. D’ailleurs, c’est l’une des raisons qui justifie l’existence de la douane.

 

8- Plus d’une personne pense que les agents qui travaillent au port sont dans les réseaux mafieux, mais protégés par les colonels auxquels ils reverseraient le fruit de leur mafia. Qu’en dites-vous ?

         L’un des maillons faibles de la communication dans notre pays, c’est la désinformation. Malheureusement, elle cause des ravages au sein de certaines couches sociales qui la tolèrent. J’estime qu’en tant que journaliste, vous devriez vous appuyer sur les faits pour corroborer vos informations. Dans le cas contraire, vous demeurez dans le sensationnel, en annonçant des choses invraisemblables qui frisent un mensonge inqualifiable, juste pour vous vendre. L’intox que vous générez parmi vos lecteurs n’ayant qu’une durée de vie très limitée, la vérité finit fort heureusement par vaincre tout, car elle est têtue, voire révolutionnaire.

         Pour revenir à votre question, je réitère que c’est des allégations gratuites qui relèvent de la pure imagination de leurs auteurs qui sont sans scrupules.

 9- Pour éviter plusieurs fraudes, n’est-il pas possible de revoir les taxes douanières à la baisse ?

          La fixation des taxes douanières n’est pas du ressort de la Douane, leur baisse non plus. Je vous rappelle que la douane est un instrument du gouvernement. Elle ne fait qu’appliquer à la lettre les différentes politiques économiques initiées par le gouvernement  d’une part et les organisations économiques régionales et internationales d’autre part.

         Par exemple, le 12 mai 2008, dans le cadre de la lutte contre la flambée des prix des biens de consommation courante, le gouvernement avait décidé en Conseil des ministres, de réduire certaines taxes fiscales et douanières, en tenant compte bien sûr des engagements pris par le Congo dans les négociations avec le FMI et la Banque mondiale. Notre administration s’est exécutée en appliquant simplement cette décision.

         Le Congo est membre de la CEMAC. Le code, la réglementation et le tarif douaniers sont des instruments communs. Nos taxes ne sont pas aussi élevées que celles des autres. Elles sont de 4 catégories : 5% pour les biens de première nécessité, 10% pour les matières premières, 20% pour les biens intermédiaires et 30% pour les biens de consommation courante.

         Il s’agit plutôt de réconcilier les Congolais avec l’esprit fiscal, de mener le combat tel qu’il nous est prescrit et tel qu’il vient d’être abondamment rappelé par le gouvernement.

 10- Pouvez-vous nous dire un mot sur la question des exonérations qui fait couler tant d’encre et de salive ?

            Les exonérations sont des exemptions des droits et taxes de douane reconnues par le code des douanes CEMAC, notamment par l’Acte 2/92 UDEAC-556 CD-SE1 du 30-4-92.

         Cependant, dans le cadre de sa politique de développement du pays et pour attirer les investisseurs au Congo, le Président de la République et son gouvernement, accordent des privilèges à certaines sociétés, pour leur permettre de s’y installer. Des conventions sont donc signées à leur profit et des régimes privilégiés accordés (exonérations, admission temporaire spéciale ou admission temporaire normale) pendant la période de leur installation (environ 4 ans).

         Par ailleurs, dans le cadre de la municipalisation accélérée de notre pays, le gouvernement a engagé de grands travaux que nous pouvons tous constater ici et là. Les marchés conclus avec la plupart des sociétés en charge de ces travaux sont exonérés des droits et taxes. Comme je l’avais dit tantôt, la douane est un instrument du gouvernement. Nous appliquons uniquement les textes pris en la matière. Si le gouvernement décide aujourd’hui de signer ces marchés en TTC (toutes taxes confondues), la douane ne fera que suivre.

         Ici encore, je dis qu’il y a une forte désinformation.

 11- Quels sont les problèmes et difficultés qui sont liées à votre service ?

            Il faut que l’ensemble des citoyens, étrangers comme nationaux, oublie de solliciter les faveurs. Il faut que chacun s’en tienne au devoir national de régler ses taxes.

         Les problèmes et les difficultés existent, mais à force de volonté et de travail, on arrive toutefois à les surmonter avec l’attention que nous accorde notre hiérarchie.

         Nous sommes administratifs et nous savons où exposer nos problèmes. Ce ne sera jamais entre les lignes d’un journal, quel qu’il soit.

 12- Votre mot de fin ?

            Je vous remercie pour la démarche que vous avez amorcée pour nous solliciter cet entretien. Contrairement à la mauvaise pratique de certains organes de presse écrite, vous êtes venu chercher l’information à la source plutôt que de spéculer sur l’imaginaire. Là, vous avez des informations crédibles que vous pouvez disposer à vos lecteurs.

 Propos recueillis par Dieumerci MOROPENZA

Mise à jour le Lundi, 16 Novembre 2009 11:26