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Hôpitaux malades et malades solidaires PDF Imprimer Envoyer
Écrit par Talassa   
Samedi, 21 Mars 2009 03:33

Dans les grands hôpitaux publics du Congo Brazzaville, les pharmacies sont inexistantes ou peu approvisionnées. Il est prudent d'apporter ses médicaments. Les malades qui n'en ont pas les moyens sont dépannés par d'autres qui suivent le même traitement.

Vingt-deux heures, un soir de janvier, au Centre hospitalier et universitaire (CHU) de Brazzaville, au Congo. Un infirmier entre en catastrophe dans une salle bourrée de malades : "Qui a un perfuseur ?" Un quart d'heure plus tard, il revient quémander de l'alcool à 90°. Dans une salle voisine, une infirmière demande à d'autres patients un antiseptique : "Nous mendions à la place des malades", explique-t-elle.

Médicaments contre la douleur ou le palu, antibiotiques, seringues, sparadrap, etc. Bon nombre de produits des pharmacies d'hôpital sont régulièrement volés par certains agents de santé et revendus à des vendeurs ambulants. Résultat : la plupart des hôpitaux congolais n'ont même plus de pharmacie et les rares qui subsistent sont peu fournies.

Même les grands centres hospitaliers publics n'échappent pas à cette pénurie. Désemparé, un médecin affirme que la situation s'améliorera le jour où les hôpitaux seront enfin dotés d'un budget conséquent. Ce qui, d'après lui, suppose d'abord une forte volonté politique au sommet de l'État… À en juger par les chiffres du dernier Rapport mondial sur le développement humain, du Pnud (Programme des Nations unies pour le développement), la santé est encore loin d'être une priorité du Congo. Les dépenses publiques de santé ne représentaient en 2004 que 1,2 % du Produit intérieur brut, un pourcentage inférieur à celui du service de la dette (2,3 % en 2005), de l'éducation (2,2 % entre 2002 et 2005) et des dépenses militaires (1,4 % en 2005).

Générosité et petits trafics:

Les malades font donc aujourd'hui contre mauvaise fortune bon cœur et s'entraident au-delà des clivages ethniques. "Quand j'aide quelqu'un, je ne cherche pas à savoir s'il est du Nord ou du Sud. Je vois plutôt une personne en difficulté, une créature de Dieu que je veux sauver comme nous le recommande la Bible", explique Alain, allongé sur son lit. Bernadette témoigne de cette générosité : "Grâce à un cachet prêté par un autre malade, mon fils s'est remis de ses douleurs. Nous n'avions pas de médicaments avec nous…", raconte-t-elle.

Cette entraide entre patients a commencé à se développer avec la dévaluation du franc CFA en 1994, quand les prix des médicaments, importés pour la plupart, ont triplé voire quadruplé dans les officines. "Beaucoup de malades, à qui nous demandons de faire des examens ou d'acheter des médicaments, en sont incapables. Cette solidarité est donc avantageuse pour les démunis", se félicite un médecin.

Notre petite enquête, menée dans deux hôpitaux de la capitale (Centre hospitalier Talangaï et CHU), confirme que, sans ce système, deux personnes sur cinq arrivées en urgence ne pourraient pas obtenir de médicaments. Les malades les plus anciens, hors de danger, dépannent les nouveaux venus sans grands moyens en attendant que ceux-ci trouvent de quoi les rembourser. Les produits prêtés sont en général rendus en nature, mais certains préfèrent être remboursés en argent, histoire d'avoir un peu de liquide sur eux. "Il nous arrive de vendre nos produits, mais à un prix bas", reconnaît un malade.

Parallèlement, pour pallier le manque de médicaments, certaines infirmières, dans la plupart des hôpitaux du pays (à l'exception notable de l'hôpital militaire Pierre Mobengo de Brazzaville), se livrent à d'inquiétants trafics : elles retardent l'administration du traitement jusqu'à ce que le patient ait de quoi leur acheter directement les remèdes... En leur vendant des médicaments, elles évitent aussi aux malades ou à leur famille de courir jusqu'à la pharmacie la plus proche. "J'ai toujours avec moi des produits pour soigner la malaria, se justifie l'une d'entre elles à l'hôpital de Talangaï. Cela me permet d'avoir chaque jour l'argent du bus. Je ne peux pas m'en sortir avec mon seul salaire (80 000 Fcfa, 120 € environ, Ndlr)."

Les hôpitaux congolais sont bien malades !

Mamadou Bineta

Mise à jour le Samedi, 21 Mars 2009 03:37