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Écrit par Talassa   
Samedi, 07 Août 2010 08:27

Des retraités obligés de se lancer dans de nouvelles activités

Certains retraités congolais deviennent changeurs de monnaie ou cultivateurs pour arrondir leurs fins de mois. D’autres, après avoir cotisé toute leur carrière, reçoivent un petit pactole de leur mutuelle quand ils quittent le monde professionnel. De quoi bâtir une vie plus digne.

Au coeur de Brazzaville, sur l’avenue Éboué qui mène au Beach, à 5 mètres les uns des autres, de vieux papas, assis sur des chaises en plastique ou des bancs en bois. Changeurs de monnaies, ils guettent ici les voyageurs de passage. «Je fais ce métier depuis longtemps. Je soutiens ainsi ma famille», dit M. Oko. Ce fiscaliste de 70 ans, à la retraite, s’est lancé dans ce métier, car sa pension était trop maigre (10 600 FCFA/mois, 15 € environ) et les versements trop irréguliers. Avec le change de devises, il peut gagner jusqu’à trois fois plus chaque mois. «Cette activité ne demande aucune force. L’essentiel c’est d’avoir un capital pour se lancer», précise M. Yebi, un retraité de 68 ans qui a commencé dans le métier avec 300 000 FCFA (près de 460 €).

Au Beach, le dollar, l’euro et le franc CFA sont les principales monnaies en circulation. Les changeurs achètent 1 dollar à 540 FCFA et 1 euro à 670 FCFA et les revendent respectivement à 560 et 680 FCFA. Ils sont un peu plus chers que les banques de la place, mais certains clients préfèrent malgré tout, faire affaire avec eux. Carine est de ceux-là : «Ici, l’opération se fait à la minute», se félicite-t-elle. Selon M. Oko, il y avait 160 changeurs au Beach en 2008 et 150 en 2009, en raison du décès de certains d’entre eux. «Quand l’un de nous décède, chacun cotise 25 000 FCFA. Et, lorsqu’un ami est en difficulté, nous donnons 50 000 FCFA.

(75 € environ)», confie un changeur.

Pesanteurs administratives et arriérés

Un coup de pouce d’autant plus précieux que la vie d’un retraité congolais est loin d’être un long fleuve tranquille...

Avant d’espérer toucher sa pension, il lui faut en effet d’abord constituer son dossier à Brazzaville. Certains, de l’intérieur du pays, renoncent à venir faire les papiers. «Il y a ceux qui sont encore derrière ces documents. D’autres meurent avant de les réunir… Un citoyen qui a travaillé pendant 30 ans, passe plus de cinq ans pour avoir sa pension», déplore un membre de l’Union des Ressortissants Retraités du District de Gamboma (URDG), à 320 km au nord de Brazzaville. Une fois les droits établis, la régularité des versements de la pension accordée, laisse parfois à désirer. «Ici, à la Caisse nationale de sécurité sociale (CNSS), nous avons 17 mois d’arriérés. Et avec des maigres pensions de 10 000 à 12 500 FCFA (15 à 20 € environ) que nous touchons avec retard, on ne peut rien faire», se plaint un retraité. «J’ai deux lopins de terre à Brazzaville, mais je n’arrive pas à construire un hangar. Je continue à louer», déplore un ayant droit de la Caisse de retraite des fonctionnaires (CRF). Ce à quoi Thomas Onounou, directeur de la sécurité sociale au ministère du Travail et de la sécurité sociale,  répond : «En 2000, on parlait des ‘maltraités’ pour les retraités… Actuellement, cette expression malheureuse a disparu parce que la CRF paie régulièrement les pensions». Selon Marcel Kouessabio, président de la Concertation des retraités contractuels du Congo,

il y a 35 000 retraités à la CNSS. A la CRF , les chiffres ne sont pas connus.

Oublier la misère

Pour compléter le dispositif, différents systèmes existent. Par exemple, la MUGEF , la Mutuelle générale de la FETRASSEIC (Fédération des travailleurs de la science, des sports, enseignement, information, culture et arts), verse au retraité mutualiste «une prestation de 1 million à 1,5 million de FCFA (de 1 500 à 2 300 €), après qu’il ait cessé de travailler. Cela lui permet d’amorcer une nouvelle vie», relate Sylvain Nzassi, président de cette structure. Pendant que le mutualiste exerce, il cotise 5 000 Fcfa (7,5 €) le mois.

La prestation est échelonnée par rapport aux nombres d’années de cotisation. «La mutuelle a été créée au moment des différents programmes d’ajustement structurel (dans les années 80, Ndlr), quand le fonctionnaire était dans la précarité. Cette situation a obligé la Confédération syndicale congolaise à s’organiser pour soulager tant soit peu cette misère par la solidarité», explique M. Nzassi. Jean Makita, fonctionnaire retraité en 2007, témoigne : «J’ai touché 1,5 million FCFA à la fin de ma carrière. Cet argent m’a permis d’ouvrir un atelier de peinture à Dolisie. Aujourd’hui, j’oublie que je suis retraité».

D’autres initiatives existent. «Nous cultivons l’igname à Gamboma depuis fin 2009. Nous sommes une quarantaine de retraités à avoir compris qu’il fallait nous lancer dans le domaine agricole», raconte un membre de l’URDG.

Jean Thibaut Ngoyi

 

Mise à jour le Samedi, 07 Août 2010 09:42