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Écrit par Talassa   
Mercredi, 30 Novembre 2011 20:05

Malgré tout, les élections ont eu lieu avec Kabila favori

Chaos de l’Etat et déchirements ethniques, les élections présidentielle et législatives en République démocratique du Congo (RDC) reflètent donc les maux endémiques dont souffre ce géant en proie à la violence et à la misère.

Fâcheux présage pour un pays-continent si jaloux de sa souveraineté, le lundi 28 novembre 2011, sera une date inoubliable pour les filles et fils de ce pays. Les électeurs congolais ont été appelés à glisser leurs bulletins dans des urnes.

Comme on peut le constater, d’autres nuages, moins symboliques, plombent l’horizon. A commencer par la violence. «Il faudrait un miracle pour éviter dans ce pays l’embrasement», soupire un diplomate familier des convulsions de l’ex-Zaïre.

Déjà, des accrochages ont émaillé la pré-campagne au Katanga, turbulente province du Sud, richement dotée en cuivre. Au Kivu, à l’extrême Est, les milices rivales et l’armée dite régulière sèment la terreur parmi les civils, femmes et adolescentes en tête ; ce en dépit des efforts des «casques bleus» de la Monusco, la mission onusienne.

La capitale de la RDC, Kinshasa, a failli être le 26 novembre 2011, victime de nombreuses turbulences, si la décision sage d’interdire tous les meetings de Joseph Kabila d’Etienne Tshisekedi Wa Mulumba et de Vital Kamerhe, qui y étaient programmés, n’avait pas été prise, par précaution, par les autorités compétentes. Ce qui a permis d’épargner des pertes humaines pour le plus grand intérêt des populations et du pays.

L’opposant historique de ce pays, M. Etienne Tshisekedi, 79 ans, enclin à se proclamer d’ores et déjà chef de l’Etat, a, au cours de ses nombreuses sorties en public, fait recourt à une rhétorique belliqueuse, menaçant de libérer par la force ses fidèles emprisonnés. Tous ceux qui pensent que l’embrasement de ce pays est inévitable, n’ont-ils pas raison du fait  que beaucoup ingrédients, depuis qu’on parle de ces élections, ont été réunis pour plonger la RDC dans le chaos ? C’est la fin qui justifie les moyens, qui vivra, verra.

L’issue de la présidentielle à un seul tour, on n’est jamais trop prudent, ne fait guère de doute. Même s’il a perdu l’essentiel de sa clientèle au Nord et au Sud-Kivu, même s’il n’a tenu toutes les promesses de paix et de développement formulées à l’orée du quinquennat finissant, le sortant Joseph Kabila devrait être le favori.

D’autant que le contrôle de l’argent public et de l’appareil sécuritaire garantit une écrasante suprématie à ce personnage énigmatique, guetté par l’autisme. Tous ces atouts sont renforcés par l’opacité d’une commission électorale «indépendante», dirigée par un féal de «Jo».

Que vaudra demain, la légitimité d’un chef, s’il est élu avec moins du tiers des suffrages exprimés, scénario crédible ? C’est cette question que tout le monde se pose parce qu’un faible taux de suffrages exprimés va alimenter au sein de la classe politique de ce pays la polémique sur popularité du président qui sera élu. Et d’aventure, si c’est le président sortant, M. Joseph Kabila Kabange qui sort victorieux de cette compétition électorale, tous les griefs qui lui sont reprochés, ne vont-ils pas encore grossir de nouveau ?

L’entêtement suicidaire de ses adversaires, aveuglés par leur ego, ne vaut guère mieux. Bien sûr, les consignes données depuis sa cellule de La Haye, siège de la Cour pénale internationale, par Jean-Pierre Bemba, finaliste malheureux en 2006, pèseront certainement fort.

Qu’à cela ne tienne,  la désignation d’un candidat unique pour l’opposition aurait, comme de nombreux observateurs de la vie politique de la RDC l’ont affirmé, pu faire bousculer la donne. Pour de nombreux diplomates, la RDC, pour son malheur, manque autant d’hommes d’Etat que d’Etat tout court.

Les pièges

de la cohabitation

La polarisation ethnique, qui constitue un autre fléau très récurrent en Afrique subsaharienne, est considéré comme dangereuse pour de nombreux pays. Selon un universitaire ayant requis l’anonymat, pour le cas de la RDC,  «Jamais un Ndande de l’Est ne votera pour Tshisekedi, originaire du Kasaï. Les procureurs de Kabila voient en lui un Rwandais otage de Kigali ou lui reprochent son clanisme pro-Katanga.

Il sied de rappeler également que les tensions entre Kasaïens et Katangais, qui résultent, quant à elles, de rancœurs ancestrales manifestes, restées toujours latentes, sont devenues, depuis belle lurette, difficiles à éradiquer.

L’alchimie électorale congolaise risque d’aboutir à une cohabitation qui pourrait s’avérée à n’en point douter paralysante. Ce qui sous-entend que le vainqueur qui pourrait être maître du palais, sera en face d’un Parlement fragmenté, dominé par l’opposition. Ce scénario s’il pouvait se réaliser contribuerait sans nul à la déstabilisation de plusieurs institutions républicaines, prolongeant ainsi dans la léthargie, le chaos  et l’anarchie totale, le Congo-Kinshasa, ce géant couché sur un pactole minéral phénoménal, mais ravagé par la misère, la pauvreté et les conflits politico-ethniques à répétition. Déjà l’impératif lié à la création d’une armée nationale, d’une police fiable et d’une magistrature digne de ce nom est confronté à plusieurs difficultés.  

Un fauteuil pour quatre 

Quatre des 11 candidats qui se disputent la magistrature suprême, se sont déjà démarqués du lot, dont le président sortant, M. Joseph Kabila Kabange, 40 ans révolus. Propulsé au pouvoir en 2001 au lendemain de l’assassinat de son père, Laurent-Désiré Kabila, il devance en 2006 Jean-Pierre Bemba Gombo au second tour.

Il s’agit également l’opposant historique, M. Etienne Tshisekedi, 79 ans, le vétéran. Ami de l’ancien président du Zaïre, le défunt maréchal dictateur Mobutu Sese Seko, aux premières heures de son règne. Il a assumé les fonctions de premier ministre du Zaïre, avant de devenir son ennemi juré. Ce natif du Kasaï oriental, leader messianique de l’Union pour le développement et le progrès social (UDPS), avait boycotté le scrutin de 2006.

Le jeune loup de la classe politique congolaise, M. Vital Kamerhe, 52 ans, qui est considéré par de nombreux hommes politiques du pays comme un transfuge, figure aussi parmi ceux-là. Il fut le directeur de campagne de Joseph Kabila en 2006, il y a cinq ans. Cet enfant du Sud-Kivu mise sur les voix des provinces très peuplées de l’Est, devant venir de l’électorat déçu du kabilisme.

Sans oublier également, l’un des vétérans de la classe politique de la RDC, M. Léon Kengo wa Dondo, 76 ans, l’ex-baron de l’ère mobutiste. Originaire de l’Equateur, comme l’ex-chef de l’Etat zaïrois, M. Mobutu Sese Seko, Léon Kengo wa Dondo qui est actuellement le président du Sénat, pâtit de la fragilité de son assise électorale. Il sied de dire par ailleurs, malgré toutes les craintes, les élections se sont tenues avec quelques failles notoires observées çà et là.n 

Amos COLOMBE 

Mise à jour le Mercredi, 30 Novembre 2011 20:06