| Attentat au Cabinda : Collinet Makosso l’avait pressenti dans sa «géopolitique du terrorisme» |
|
|
|
| Politique |
| Écrit par Talassa |
| Jeudi, 21 Janvier 2010 20:20 |
|
Le crime crapuleux commis récemment contre le cortège conduisant l’équipe togolaise de football qui se rendait au Cabinda dans le cadre de
Le terrorisme et les lacunes liées au droit international : une réalité incontestable. Les Etats, tout en étant à la fois acteurs et sujets du droit international, adoptent les lois et se chargent de les respecter. Les difficultés auxquelles ils sont confrontés ou la nonchalance observée dans l’application des traités et conventions qu’ils édictent, servent la cause du développement du terrorisme. Pour preuve, à l’aube du XXe siècle, on a assisté au développement d’un type particulier de lutte, celle concernant la libération nationale. Elle est issue de la réticence de certaines puissances à appliquer le principe de l’autodétermination des peuples, consacré à l’article 1er alinéa 2 de Le terrorisme contemporain trouve donc sa justification dans la persistance des éléments «terrorigènes» nés de l’incapacité des Etats à apporter des solutions aux grands problèmes politiques. Le problème du Cabinda, comme on le constate, risque à n’en point douter de nous faire vivre d’ici et là une vague de violences terroristes. Le terrorisme international est-elle une menace réelle pour nos pays ? En effet, dans son rapport annuel de 2006 sur le terrorisme, le Département d’État américain annonçait en toute complaisance que le nombre des attentats s’était élevé à 14 338, soit une hausse de 25 % par rapport à 2005. Ces actes de terrorisme ont frappé 74 356 personnes et provoqué la mort de 20 498 civils (+ 40 %). L’Irak constitue le principal foyer terroriste avec 45 % des violences recensées et 65 % des décès constatés. Les analystes du Département soulignent également que «les actes de terrorisme ont presque doublé dans ce pays pour passer de 3 468 en 2005 à 6 630 en 2006. Si le nombre des enlèvements a diminué de moitié dans le monde, il a triplé en Irak». C’est dire que l’Irak reste une terre de prédilection pour le terrorisme et ce, pour longtemps encore. En Afghanistan, les actes terroristes ont augmenté de 50 % entre 2005 et 2006 avec 749 attentats contre 491. Dans le chapitre de ce rapport, consacré à l’Amérique latine, les analystes américains n’ont pas manqué de traduire leurs préoccupations à propos du Venezuela, où le président Hugo Chavez a renforcé ses liens avec Cuba et l’Iran. Cela a permis, dit-on, à des groupes de terroristes et à des trafiquants de stupéfiants de Colombie de franchir la frontière entre les deux pays. De nombreux spécialistes travaillant sur les questions du terrorisme, n’hésitent pas d’affirmer que l’Asie du sud et l’Amérique latine demeurent, à n’en point douter, des terreaux «terrorigènes». Ce rapport américain est pourtant très muet sur l’Afrique et même l’Europe qui ne sont pas exemptées des menaces terroristes. En Afrique, par exemple, le Niger, Fondamentalismes et extrémismes rivalisent d’ardeur dans certaines zones L’avenir du terrorisme dans la zone de l’Asie du Sud sera dans une large mesure déterminé par des facteurs exogènes, englobant les acteurs et les événements en dehors de la région. Les évènements en Irak vont toujours avoir un impact direct non seulement sur le terrorisme islamiste, mais aussi sur toutes les formes de terrorisme au niveau de l’Asie du Sud. Ils sont en plus des agents pathogènes de la déstabilisation tant de l’Afghanistan que du Pakistan dans un avenir prévisible. L’unilatéralisme américain d’hier et son enlisement aujourd’hui dans les bourbiers irakien et afghan ne font que détériorer davantage le climat déjà tendu de l’Asie du Sud. On dénombre en plus dans la région une multiplicité considérable d’acteurs et d’organisations terroristes qui puisent dans des courants idéologiques variés- islamisme, fondamentalisme ethnique et extrémisme de gauche- pour trouver un grand encouragement dans la déconfiture américaine en Irak. Les succès souhaités par les résistants irakiens vis-à -vis de la plus grande puissance militaire et économique, pourraient donner des ailes à beaucoup de terroristes à travers le monde et en particulier ceux d’Asie du Sud. Cela risquerait également de susciter des ambitions démesurées au sein des différents mouvements terroristes inspirés par toute la palette des idéologies "révolutionnaires" qui pourraient penser que la victoire leur est certaine sur tous les théâtres d’opérations. Comme pour dire que qui peut le plus, peut le moins. Si on peut résister contre les Etats-Unis, ce ne sont pas les petits Etats qui nous vaincront. La violence terroriste en Afghanistan apparaît-elle donc comme une riposte face aux attaques américaines ? Oui et non. Le terrorisme qui se pratique actuellement en Asie du Sud, se justifie, semble-t-il, comme une riposte à l’attitude américaine jugée forcenée et «orgueilleuse». Les adversaires des actions menées par les Etats-Unis et son allié israélien, ainsi que les pays occidentaux au Proche-Orient et dans le monde, ont provoqué une forte opposition parmi les peuples arabes et musulmans, et que le terrorisme est le stade ultime des réactions qui en résultent. C’est dans ce cadre que s’inscrit le conflit ayant opposé au Waziristan - qui fait partie des régions tribales - des membres d'Al-Qaïda et des Talibans contre l'armée régulière pakistanaise, alliée des États-Unis, entre 2004 et 2006. Le conflit s’étant achevé en septembre La guerre contre le terrorisme déclenchée par les États-Unis en Afghanistan à la suite des attentats du 11 septembre 2001, aurait occasionné le passage au Cachemire en Inde de nombreux réfugiés afghans pro-talibans. Du coup, le Cachemire redevient comme naguère pendant la guerre contre les Soviétiques, une base de repli active pour les miliciens afghans. Certains d'autres groupes terroristes ont donc cru qu’il serait possible de rééditer au Cachemire indien ce que les moudjahiddins avaient réalisé dans leur pays par le passé à la suite de la chute de l’Union soviétique. C’est-à -dire en recyclant une partie des combattants islamiques démobilisés et des aides dont ils bénéficiaient via le Pakistan, pour les engager au Cachemire. En Inde, le sentiment nationaliste fort de la communauté hindoue, jusqu’à l’indépendance en 1948, n’a eu de cesse d’user de la violence terroriste contre l’empire colonial. A ce différend du Cachemire opposant l'Inde et le Pakistan s’ajoute la situation du Pendjab où la violence terroriste imposée par le sikhisme résulterait, souligne-t-on, du fait de la mauvaise gestion du protectorat britannique et des violences communautaires. Dans cette partie de l’Inde aux velléités indépendantistes, une poignée de terroristes, le « sikhisme », religion à laquelle adhèrent 51 % des Pendjabis, 49 % étant hindous, parvient à imposer son ascétisme à un peuple pourtant renommé pour sa vitalité. L’objectif des indépendantistes sikhs est de terroriser la minorité hindoue afin qu’elle fuie le Pendjab. Il y a en Asie du Sud, le Sri Lanka où se développerait une poussée d’irrédentismes et d’antagonismes ethniques, culturels, et religieux entre les différentes composantes du pays sur fond de violences insurrectionnelles ou terroristes. Hormis les pays considérés comme des cibles traditionnelles, d’autres Etats à travers le monde sont-ils à l’abri du terrorisme ? S’il est vrai que le terrorisme trouve ses motivations dans les contentieux politiques et historiques mal gérés par les grandes puissances mondiales, il est aussi vrai qu’il ne faut pas croire que les pays non concernés par ces hypothèques politiques sont à l’abri de la violence terroriste. Un rappel survol du monde permet de constater l’ampleur de la toile tissée par les différents groupes terroristes de sorte qu’aucune partie du monde ne soit dorénavant à l’abri de la menace terroriste. Aujourd’hui, le terrorisme né des problèmes politiques contemporains qui inspire plusieurs mouvements et exploite le terrorisme marginal et de droit commun, ne sème-t-il pas la terreur en Amérique latine et ne fait-il pas aussi planer l’épée de Damoclès sur l’Europe et l’Afrique ? La plus intéressante innovation des terroristes latino-américains fut la fondation d’une «Junta of Revolutionnary Coordination», une sorte d’«Internationale terroriste», mise en oeuvre par «l’ERP argentin», «les Tupamaros», «le MIR chilien» et «le ELN bolivien», qui a dirigé la plupart des actions survenues par la suite. Peu à peu, l’agitation extrémiste a diminué de volume et d’intensité. Aujourd’hui, en Colombie, le terrorisme narcotrafiquant ou de droit commun procède à des enlèvements d’hommes d’affaires, exigeant pour leur libération le paiement des rançons. Au Pérou, le sentier lumineux (Sendero Luminoso) et le Mouvement révolutionnaire Tupac Amaru (MRTA) restent très dangereux. Quelle est la situation de l’Europe ? Contrairement aux idées reçues et sans viser principalement les sociétés ouvertes, laïques, occidentales et démocratiques, les terroristes oeuvrent pour l’anéantissement, coûte que coûte, non pas seulement de celles incarnant les vertus que les inspirateurs du djihad détestent et veulent éliminer, mais aussi de celles qui s’opposent à leurs valeurs. Le terrorisme en Europe tient donc d’une part, au partage de la responsabilité américaine et d’autre part, à des irrédentismes internes. A travers les frappes du 11 mars 2004 contre Madrid et celles de juillet 2005 contre Londres, avec les menaces qui pesaient sur l’Italie et le Danemark comme prochaines cibles, les terroristes avaient démontré qu’ils étaient assez outillés pour s’attaquer aux pays coalisés présents en Irak et en Afghanistan. La problématique terroriste en France est liée également aux relations existant entre Dans les années 80, Une vigoureuse politique antiterroriste initiée par les autorités françaises a permis le démantèlement des réseaux terroristes sur son territoire, notamment des structures de recrutement et de financement des activités terroristes en Irak. Les services français assermentés ont réussi à arrêter au total 317 personnes en relation avec une entreprise terroriste dont 140 liées à l’islamisme, 150 impliquées dans des attaques en Corse et 27 en raison de leurs liens avec le mouvement basque ETA. La résolution de certaines questions politiques, pourrait ôter tout prétexte et limiter les capacités opérationnelles et de recrutement des terroristes qui se servent d’une ou de deux sourates pour entraîner les jeunes. Il faut donc comprendre que les véritables vecteurs terroristes sont les problèmes politiques rencontrés par les musulmans dans le monde entier, notamment en Tchétchénie, en Afghanistan, en Irak et, l’un des nœuds gordiens, en Palestine. Mais cet héritage du passif américain, colonial ou politique ne doit pas faire oublier les problèmes internes à l’Occident, se rapportant aux irrédentismes et revendications nationalistes et indépendantistes diverses (Irlande, Corse, Pays basque, etc.). Comment se présente la situation en Afrique ? Le terrorisme latent en Afrique va, à n’en point douter, s’installer et s’enraciner tôt ou tard dans nos sociétés africaines avec les injustices, les disparités, les exclusions, les stigmatisations, la misère, la précarité, la pauvreté et d’autres fléaux, favorisés délibérément par les pouvoirs africains. Certains observateurs aguerris n’ont-ils pas raison quand ils ne cessent d’affirmer que les conflits qui opposeront les riches et les pauvres, figurent parmi les prochaines guerres éventuelles auxquelles les pays africains vont faire face. Dans des sociétés africaines marquées par des systèmes démocratiques dont la construction reste déficitaire, une inégale répartition des richesses économiques disponibles, l’existence de bidonvilles géants, des cimetières vivants de tant d’espoirs déçus, réceptacles de générations entières frustrées et en mal d’être, en mal de devenir, bref, en défaut d’avenir, et en fin de compte, creuset idéal pour les sergents recruteurs de l’Internationale terroriste, le terrorisme ne peut qu’y faire son lit. C’est d’ailleurs l’argument majeur qui a été mis en avant lors des attentats de Casablanca au Maroc le 16 mai 2003 où les 14 terroristes étaient marocains, tous issus du bidonville de Sidi Moumen où la police ne pénétrait plus. La prise d’otages au Nigeria le 31 juillet 2004 de 165 travailleurs de la société américaine Mallard Bay, qui opère en sous-traitance avec Shell, par une trentaine de ravisseurs autochtones qui réclamaient des emplois et une meilleure répartition des revenus issus du pétrole local, en dit long. Si le terrorisme n’est pas encore profondément ancré dans les pratiques africaines, le continent renferme les germes d’un terrorisme en puissance. Le procédé risque de prendre de l’ampleur et d’éclore véritablement avec le temps si la situation sociale demeure statique et que les marchands d’illusions parviennent à récupérer les mécontentements populaires pour en faire une arme à leur disposition. L’expérimentation a été faite par la prise d’otages au nord du Tchad par une prétendue organisation luttant pour les intérêts de l’Afrique, en fin 2009. Il y a eu également d’autres actions terroristes à l’instar de celles perpétrées en Mauritanie, au Nigeria, en Algérie, en Egypte, etc., contre les intérêts occidentaux. Les attentats simultanés contre les ambassades américaines de Nairobi au Kenya et Dar-Es-Salam en Tanzanie en août 1998, l’attentat contre la synagogue israélite de Djerba en Tunisie le 16 avril 2001, ou encore le double attentat de Mombasa au Kenya, commis contre les intérêts israéliens, le 28 avril 2002, confirment l’activisme des groupes terroristes en Afrique, qui sont pour la plupart financer par les grands mouvements internationaux tels que Al qaïda. Disons donc que l’Afrique est le terrain fertile qui fera germer l’arbre terroriste de l’Orient (proche, extrême et moyen) et dont l’Occident n’est que la pépinière. Une telle affirmation pourrait choquer. Aussi pessimiste qu’elle puisse paraître, elle trouve sa justification dans le précaire état de santé sécuritaire du continent africain avec la porosité de ses frontières, l’insuffisance de la formation policière et du matériel antiterroriste, l’absence de systèmes de prévention dans les transports en commun, et bien d’autres lacunes encore qu’il convient de combler. A ce manque d’«acidité du sol», il faut ajouter les «engrais» que l’on peut déduire des faiblesses géopolitiques, mais surtout de la pollution sociale (inégalités, corruption, clientélisme, milicianisation, mercenariat, paupérisation, etc.). Si des pays comme l’Algérie, le Maroc, Le Congo aussi ? Oui, qui n’a pas en mémoire l’attentat du DC-10 d’UTA dont il est dit que l’explosif serait parti de Brazzaville. Qui peut oublier les attentats de l’aéroport Maya Maya et du cinéma Star en 1982 ; de la destruction et des attaques du Chemin de Fer Congo-Océan (CFCO) par des bandes dites armées entre 1993 et 2002. Quelles sont les motivations pour le cas du Cabinda ? L’attaque perpétrée récemment au Cabinda contre l’équipe nationale de football du Togo, les «Eperviers», est justifiée par les mêmes raisons que celles qui pourraient motiver le terrorisme au Cachemire, à Taïwan, au Tibet, en Palestine, en Tchétchénie, etc. Le Cabinda lutterait-il donc pour son indépendance ? Pour la revendication d’un simple droit à l’autodétermination, peut-être ? C’est en tout cas le prétexte que trouvent ceux qui useraient de la violence terroriste. N’oublions pas que l’autodétermination, également appelée droit des peuples à disposer d'eux-mêmes, est le principe selon lequel chaque peuple dispose d'un choix libre et souverain de déterminer la forme de son régime politique. Il a été proclamé, pendant la première guerre mondiale, dans les quatorze points de Wilson, légitimant après la guerre les nouvelles frontières de l'Europe. C'est, en droit international, le principe selon lequel un peuple doit avoir le droit de déterminer sa propre forme de gouvernement, indépendamment de toute influence étrangère. Il a été réaffirmé, après la seconde guerre mondiale, dans Ce droit peut être recherché dans deux cas en l’occurrence la discontinuité physique de l’Etat contesté. L’une des dix-huit provinces de l'Angola, située à l'extrême nord de ce pays, le Cabinda est enclavé entre Devenu protectorat portugais suite à la signature du traité de Simulambuco, signé le 1er février 1885. Ce document juridique fut présenté par le Portugal à la conférence de Berlin pour certifier ses prétentions sur ce territoire. Le Portugal étant la puissance colonisatrice de l'Angola et du Cabinda, les deux territoires furent placés par la puissance colonisatrice sous une seule et même administration en 1956. Mais le peuple cabindais ne s’est jamais soumis à la domination portugaise. Dans une perspective de libération de leurs populations, les Cabindais s’étaient organisés au sein du Mouvement de libération de l’enclave du Cabinda (MLEC), du Comité d’action d’union nationale cabindaise (CAUNC) et de l’Alliance du Mayombe (ALLIAMA). Pour mieux intensifier leurs actions, les trois mouvements fusionnèrent lors du Congrès de Pointe-Noire (Congo/Brazzaville) du 2, 3 et 4 août 1963 pour donner naissance au FLEC - Front de Libération de l' Enclave de Cabinda. Il ne fut annexé à l’Angola qu’au moment de l'indépendance de l'Angola en 1975. Un gouvernement en exil du FLEC dirigé par le commandant Antonio Luis Lopes, un bureau politique du FLEC en exil, revendiquent l'indépendance du Cabinda. La situation des habitants est précaire. La lutte armée pour l'indépendance provoque une situation politiquement tendue et répressive. En 2004, différentes factions du FLEC signent aux Pays-Bas un accord de réconciliation et le 1er mai 2008 décident de l'abandon de la lutte armée et renomment le FLEC Front de Libération de l' Etat de Cabinda. Une guérilla est encore active contre les forces armées angolaises Depuis début 2009, des pourparlers, visant à la reconnaissance des spécificités culturelles, historiques et géographiques et à l'attribution d'un statut spécial d'autonomie du Cabinda, semblent s'intensifier avec le risque de verser dans une violence terroriste. On ne peut donc pas être surpris de ce qui se passe aujourd’hui. Par le Directeur exécutif de Géo-Ecostrapol, Anatole Collinet MAKOSSO |
| Mise à jour le Vendredi, 22 Janvier 2010 11:11 |



