Home Politique Après avoir roulé les retraités et ridiculisé son mentor, le ministre Ondongo promet un recrutement
Après avoir roulé les retraités et ridiculisé son mentor, le ministre Ondongo promet un recrutement PDF Imprimer Envoyer
Écrit par Talassa   
Samedi, 20 Mars 2010 09:01

Cette information a plongé dans une joie indescriptible des milliers de Congolais diplômés sans emploi qui, depuis quelques jours, ont commencé à fouiller et à dépoussiérer leurs diplômes. Ont-ils tort de se comporter ainsi dans un pays où avoir un poste d’emploi est devenu un grand mythe. Il revient au Ministre Gilbert Ondongo de réaliser sa promesse en pensant à certains de ses anciens étudiants de l’Université Marien Ngouabi qui n’espéraient plus avoir en emploi!


 

En effet, lors de la dernière séance des questions orales au gouvernement, le ministre des Finances, du budget et du portefeuille public, Gilbert Ondongo, a annoncé le recrutement de 5000 agents à la Fonction publique.

Dans un pays où les portes de la Fonction publique ont été fermées, depuis des décennies à des générations de diplômés sans emplois, une telle déclaration ne peut que surprendre tant la transparence n’est pas le point fort de tous les gouvernements successifs du Congo. Pour les sans emploi, une telle déclaration peut susciter de l’espoir. Ce qui est tout à fait normal. Mais il nous faut pourtant être prudent et ne pas prendre cette déclaration pour de l’argent comptant. Combien de fois des décisions prises en Conseil des ministres ne sont jamais concrétisées par le gouvernement ! Le non respect de la parole donnée et la langue de bois sont les domaines dans lesquels excelle le gouvernement.

A supposer que ce recrutement soit vrai, il reste qu’on doit se poser certaines questions à ce sujet. Dans un pays où tout s’obtient sur la base des affinités et surtout de la corruption, qui nous garantit que ce sont les vrais diplômés sans emploi qui seront recrutés à la Fonction publique ?

Au contraire, nous pensons que ce sera l’occasion pour les dirigeants de ce pays de substituer les vrais diplômés sans emplois par les parents,amis et d’autres relations qui n’ont souvent pas le profil requis.

Ce sont ces pratiques qui sont à l’origine de l’invasion de la Fonction publique par des quasi analphabètes dont certains vendaient et d’autres vendent encore dans les marchés et ruelles de Brazzaville. Plusieurs de ces agents ne viennent quasiment pas au travail. Ils n’attendent que le paiement des salaires.

Les arrêtés d’intégration à la Fonction publique s’achetaient tout simplement grâce à la rapacité des agents du ministère de la Fonction publique, qui avaient crée de véritables réseaux mafieux.

On ne parle même pas de ceux qui se sont fait escroquer des centaines de mille de francs CFA par la délivrance de faux arrêtés d’intégration à la Fonction publique. Comment espérer avoir une Fonction publique performante et moderne avec des administrations infestées d’agents sans véritable formation ou niveau requis, mais que l’Etat paie alors que ceux qui ont fini leurs études dans les écoles de formation et les facultés sont tout simplement laissés sur le bord de la route ?

On ne peut davantage espérer une vraie réforme de l’Etat et un développement du pays dans ces conditions. Il sied de préciser que ce phénomène qui consiste à monnayer les arrêtés d’intégration à la Fonction publique avait connu une ampleur inquiétante avec la complaisance et la mansuétude du prédécesseur de l’actuel ministre de la Fonction publique. Nous osons espérer que ce dernier prendra des mesures courageuses pour débarrasser son ministère de cette pègre constituée des fonctionnaires véreux dont l’obsession demeure l’enrichissement facile et rapide au détriment des pauvres diplômés sans emplois dont le chômage de longue durée a fini par leur faire perdre toute considération et dignité dans la société.

Il n’est plus acceptable ni tolérable que de tels fumiers puissent continuer à salir l’image du ministère de la Fonction publique. En d’autres termes, le ministre de la Fonction publique et de la réforme de l’Etat, Guy Brice Parfait Kolélas, doit imprimer sa marque dans ce ministère à travers la moralisation de son personnel et ne pas hésiter à prendre des sanctions exemplaires à l’égard de ceux qui vont s’entêter à perpétuer ces antivaleurs.

Le recrutement à la Fonction publique concerne également les décisionnaires, prestataires et bénévoles exerçant dans certaines administrations depuis des années. Ces différentes catégories de personnes ont ainsi pu combler des besoins en personnel de ces administrations.

La plupart d’entre eux sont évidemment des diplômés sans emplois. Il serait injuste que leur situation ne soit pas régularisée à la Fonction publique. C’est pour régler définitivement leur situation que le ministre de la Fonction publique et de la réforme de l’Etat avait signé, depuis le 29 octobre 2009, la circulaire n° 133/MFPRE-CAB portant mesures relatives au recrutement des décisionnaires, prestataires et bénévoles. Cette circulaire prévoit que cette régularisation à la Fonction publique se fera jusqu’au 31 décembre 2010. Mais, là aussi, il faut être méfiant car il est possible que les vrais décisionnaires, prestataires et bénévoles soient écartés à leur insu, au profit des parents, amis et connaissances des responsables de ces institutions. Il faut éviter que cette circulaire soit vidée de toute sa substance ou ne soit détournée de sa finalité. Un Etat sérieux doit être impartial et se garder de pratiquer la discrimination entre ses citoyens. C’est hélas encore le cas dans notre pays où des basses considérations tribales ou ethniques continuent à empêcher nombre de Congolais d’accéder à la Fonction publique, en violation de l’article 8 alinéa 2 de la Constitution du 20 janvier 2002 qui proscrit, sous toutes ses formes, la discrimination entre citoyens congolais.

Le travail est un droit constitutionnel de tous les citoyens congolais.

En effet, l’article 24 de la Constitution du 20 janvier 2002 dispose : « l’Etat reconnaît, à tous les citoyens, le droit au travail et doit créer les conditions qui rendent effective la jouissance de ce droit ».

Le ministre de la Fonction publique doit être très vigilant pour que la fausseté et l’injustice ne soient pas pratiquées au cours de la procédure de recrutement à la Fonction publique de ces 5000 personnes qui seront réparties entre les différents ministères.

La répartition des quotas par ministère est déjà connue. Mais, là aussi, on ne doit pas être dupe, en dehors des quotas officiels, les ministres, députés, généraux, sénateurs et autres responsables politiques ont leurs propres quotas. C’est une pratique qu’il faut combattre car elle porte atteinte aux droits des autres candidats à l’intégration dans la Fonction publique. Aucun responsable politique ne peut s’arroger le droit de se réserver un quota à lui.

S’agissant du recrutement des décisionnaires, bénévoles et prestataires de certaines administrations, il faut également donner un certain délai à ceux qui pourront être arbitrairement écartés de ce recrutement, à leur insu, au profit des intrus pour qu’ils soient rétablis dans leurs droits.

Ils pourront apporter tous les documents qui prouvent qu’ils travaillent dans l’administration ou l’institution concernée. Mais le ministre de la fonction publique ne doit oublier que les arrêtés et les décrets de recrutement à la fonction publique doivent impérativement avoir un effet rétroactif.

Ces textes doivent prévoir qu’ils prennent effet à compter de la date de nomination des intéressés et de leur prise de service dans l’administration ou l’institution dans laquelle il travaille. Cette précaution leur permettra de ne pas perdre les années pendant lesquelles ils ont travaillé dans ces administrations et qui seront prises en compte pour leur retraite. C’est à prendre au sérieux. Il faut à tout prix éviter d’écarter les vrais bénéficiaires du recrutement à la Fonction publique au profit des parasites.

Dans la procédure de recrutement à la Fonction publique de ces deux catégories d’agents, le ministre de la Fonction publique et de la Réforme de l’Etat ne doit pas oublier que le travail est la condition fondamentale de l’existence humaine .Nul ne doit donc en être arbitrairement exclu.

Restons donc prudents et attendons que le recrutement des 5000 agents dans la Fonction publique, soit fait dans la transparence, la justice et devienne une réalité. Gardons nous donc d’applaudir cette déclaration comme certains l’ont hâtivement fait, car on ne peut pas croire le ministre Ondongo Gilbert sur parole.

Les ministres congolais sont bien connus pour manier la démagogie avec un art consommé.

Cette déclaration n’est pour l’instant qu’un simple effet d’annonce. Des milliers de diplômés sans emploi attendent, le ventre vide, logés chez les parents et se nourrissant par hasard !

A «Yaya Gilbert» de montrer à ses milliers d’anciens étudiants mais aussi à des milliers d’autres qu’ils ont eu tort de désespérer.

Nous y reviendrons.

Terence LOMBISSA

Mise à jour le Jeudi, 25 Mars 2010 14:18