Home Politique Nul n’a le droit d’effacer une page de l’histoire des deux Congo…
Nul n’a le droit d’effacer une page de l’histoire des deux Congo… PDF Imprimer Envoyer
Écrit par Talassa   
Lundi, 16 Août 2010 09:55

Le 1er télégramme officiel du Président Youlou au Premier Ministre Patrice Lumumba, le 14 Août 1960

 

Cinquante après le 30 juin 1960 et le 15 Août 1960, la rédaction de «Talassa», toujours très fouineuse et à la quête des informations se propose, ici, de dérouler une page assez sombre de notre histoire commune avec la République Démocratique du Congo (RDC), au moment où les vents impétueux du jubilé d’or soufflent sur ces deux pays, ces deux peuples, unis, solidaires et condamnés à vivre ensemble.

En effet, il s’agit essentiellement du premier télégramme du Président Fulbert Youlou au premier ministre Patrice Emery Lumumba. Patrice Emery Lumumba et sa délégation avaient émis le vœu de prendre part, de manière effective, le 15 Août 1960, à Brazzaville, à la grande cérémonie officielle de l’accession de notre pays à l’indépendance devant André Malraux, représentant le Général Charles De Gaulle.

 

A la grande surprise, Lumumba et sa délégation ont été finalement, «écartés en douceur» et luxés par le Ministre Gandzion, membre influent du gouvernement de Fulbert Youlou.

 

A la vérité, ce dernier était farouchement opposé à l’arrivée à Brazzaville de Patrice Lumumba, un personnage très emblématique, imprévisible et dont la verve oratoire dérangeait tous les «colons».

De nombreux de Brazzavillois qui, ce jour-là, s’étaient empressés de gagner le Beach de Brazzaville afin de réserver un accueil très fraternel et amical à Patrice Lumumba et à sa délégation étaient désolés  et plus que déçus par ce rendez-vous manqué. Que pouvaient-ils faire ?

La RDC était déjà indépendante 45 jours avant le Congo Brazzaville où résonnaient déjà les premiers chants de la liberté et de l’indépendance.

Pour ce faire, le ministre André Malraux et M. Jacques Foccart au nom de la France, avaient fait le déplacement de Brazzaville afin de présider la cérémonie à l’Hôtel de Ville de Brazzaville.

De l’avis de certains observateurs, la présence du très remuant Patrice Emery Lumumba à Brazzaville, le 15 Août 1960, était considérée par la plupart des Occidentaux et notamment des Français comme un grand danger «public» en raison du fait que 45 jours avant, notamment le 30 Juin 1960, Patrice Emery Lumumba avait, dans un langage peu diplomatique, réussi à cracher la vérité au Roi des Belges à Léopoldville.

 

Dès lors, laisser venir à Brazzaville, le grand tribun Patrice Lumumba, apparaissait comme un grand risque. Cela ne pouvait que susciter des craintes, des non-dits, des doutes et un cortège de supputations de la part des uns et des autres.

Le refus du Président Fulbert Youlou et de son gouvernement de voir Lumumba à Brazzaville, le 15 Août 1960, a été signifié de manière officielle à Lumumba, dans la deuxième correspondance.

La France avait-elle influencé la décision qui avait été prise par le Président Fulbert Youlou ?

C’est ce que pensent certains analystes politiques.

En outre, Charles De Gaulle, Jacques Foccart et le Roi des Belges y compris tous les services et réseaux de renseignements généraux des «impérialistes» étaient-ils

nformés de ce qui allait se passer, ce jour-là, à Brazzaville avant, pendant et pendant la cérémonie officielle de l’accession du Congo Brazzaville à l’indépendance ?

Qui sait ?

Lumumba appartenait à la lignée des leaders politiques africains qui plaçaient le bien et les intérêts des populations au-dessus de tout.

Or, pour la Belgique et la France qui «manageaient» les Présidents Joseph Kasavubu et Fulbert Youlou, la présence de Patrice Lumumba à Brazzaville, le 15 Août 1960, était très mal perçue par tous les Occidentaux qui redoutaient le courage et le charisme politique de Patrice Lumumba.

A cette époque, Brazzaville représentait encore l’un des plus grands foyers intellectuel, politique, culturel et artistique du continent;  l’épicentre de la présence française en Afrique centrale ; une zone stratégique où la France avait encore des gros intérêts économiques à préserver, coûte que coûte.

En remontant l’horloge du temps, nous avons mis la main sur le message officiel du Premier ministre Patrice Emery Lumumba adressé au peuple congolais de Brazzaville, le 15 Août 1960, sur les ondes de Radio Léopoldville.

Voici, ici, en exclusivité, les deux correspondances citées supra. Pour la mémoire et surtout pour éclairer la lanterne des nos leaders politiques africains qui, depuis 1960, jusqu’à ce jour, ne cessent de se faire manipuler, nuit et jour,  par les grandes puissances et leurs réseaux maffieux. Message radioffusé du Premier ministre Patrice Emery Lumumba au peuple du Congo-Brazzaville «Frères et compagnons de lutte. (1)  En ce jour historique où le peuple frère du Congo occidental reconquiert son indépendance, je suis fier et heureux d’adresser à toute la population, un salut chaleureux et fraternel au nom du gouvernement et du peuple de la République du Congo.

Mon gouvernement reste convaincu que le vaillant peuple congolais d’au-delà du fleuve travaillera avec vigueur à l’élargissement et à l’affermissement de son indépendance.

Mon gouvernement est prêt à consolider avec vous les liens fraternels fondés sur un passé commun et gage d’un avenir heureux.

C’est pourquoi,  mon gouvernement, ainsi que tous les responsables de mon pays, s’étaient  faits un réel plaisir d’être aujourd’hui parmi vous dans notre Brazzaville, pour qu’ensemble nous célébrions fraternellement le joyeux événement.

Hélas, un télégramme de votre gouvernement nous en empêche (…)

Ce télégramme, nous en appelons à l’amitié en tant que peuple africain pour en apprécier les termes, les intentions et l’inspiration. Je vous en donne lecture.

(1)C’est avec élégance que Lumumba répond au Président Youlou qui refusait de l’inviter aux cérémonies de l’indépendance du Congo-Brazza.

Télégramme Officiel Premier Ministre Lumumba

(LEOPOLDVILLE N°51 242) REPONSE A VOTRE TELEGRAMME DU 14 AOUT SIGNE DU SECRETAIRE D’ETAT, MANDI DISPOSITIONS DEJA PRISES POURQUOI RECEPTION CHEFS D’ETATS SEULEMENT REGRETTONS NE POUVOIR RECEVOIR PREMIER MINISTRE VOUS CONFIRME MINISTRE GANDZION CHARGE ACCUEIL SERA BEACH LEOPOLDVLLE 10 HEURES POUR ARRIVER BRAZZAVILLE 10 H. 15 TOUTES DISPOSITIONS SONT DEJA PRISES POUR CETTE HEURE. VOUS CONFIRME EGALEMENT MEMBRES VOTRE DELEGATION DOIVENT VENIR AVEC VOITURES PERSONNELLES

SIGNE PRESIDENT DE LA REPUBLIQUE DU CONGO ABBE FULBERT YOULOU

Frères congolais, compagnons de lutte, par delà ce télégramme et l’objectif qu’il s’assigne, nous sommes persuadés que nos deux peuples, qui au cours des siècles ont souffert du même régime d’humiliation et d’oppression, sauront ensemble surmonter tous les obstacles que le colonialisme a placés entre eux pour se retrouver au sein d’une communauté africaine digne, féconde, prospère et fraternelle. Vive l’indépendance et la souveraineté du Congo ex-français. Vive l’amitié africaine dans l’unité, la fraternité, la liberté et la démocratie. Vive l’amitié des peuples du monde entier».

(Notes d’Ecoute de Radio-Léopoldville, le 15 Août 1960).

A vrai dire, après 50 ans d’indépendance, le Congo n’est pas encore sorti  de cette maladie infantile qui permet à ses élites politiques agrippés au pouvoir des décennies, de flirter idiotement avec la corruption, la violence politique, la dictature, le tribalisme, la gabegie, et le clientélisme politique dans la conduite des affaires du pays.

Je ne sais si réellement le Congo est un Etat libre et indépendant depuis le 15 Août 1960 ?

Enfin, après 50 ans d’indépendance «piégée et soldée» par les élites politiques congolaises elles-mêmes, que le Seigneur Dieu le Tout Puissant nous accorde, enfin, l’indépendance, la vraie, celle qui nous fera entrer réellement dans l’histoire des peuples émancipés et développés. Nos amis asiatiques se sont réveillés alors que le Congo et le reste du continent forment la cinquième roue de la charrette de l’économie mondiale. Jusqu’à quand?

 

Jean Bruno AYEL’O

 

Mise à jour le Lundi, 16 Août 2010 09:57